26/06/2006

rock around the block

J'ai un job assez exigeant dont je n'aime pas beaucoup parler. Un job très varié, qui combine voyages à l'étranger et journées de bureau, impératifs promotionnels et liberté créative, logistique rationnelle et audace dans le traitement des textes et des images, sans oublier le tact humain archi-nécessaire pour faire s'entendre et collaborer une petite trentaine de personnes d'origines diverses le temps d'un long weekend sur des événements principalement musicaux. Si je n'aime guère parler de mon boulot, c'est d'abord parce que je n'ai pas encore trouvé le moyen de le résumer clairement en quelques phrases succinctes (j'avoue, je n'ai pas beaucoup cherché non plus) et, ensuite, parce que je ne souhaite pas faire partie des gens qui passent une moitié de leur vie à bosser et l'autre à en parler.

Ayant entretenu quelques convictions adolescentes à l'engrais de mes lectures, de mes écoutes et de mes fréquentations (raison pour laquelle je parle de "convictions" et non d'"utopies"), j'ai tendance à regretter la finalité promotionnelle de ce job, cependant je ne peux pas nier la confiance et la liberté immense dont me gratifie Boss. Il y a aussi tous ces voyages, car il se fait que les événements sur lesquels on travaille n'ont jamais lieu en Belgique. Des paysages inconnus, des rencontres étonnantes, quelques découvertes musicales, un rythme infernal mais grisant, mes étés excluent les vacances mais offrent quelques perspectives intéressantes... et révélatrices. A l'occasion de ces voyages, j'ai par exemple pris conscience de mon attachement pour mon quartier à Liège, Saint-Léonard. C'est vrai, à force de me balader dans des coins différents, de traverser des villes, de m'y arrêter, je réalise que, pour la première fois de ma vie, je vis dans quartier véritablement à part !





Au centre du quartier,une gigantesque esplanade sert de jardin à l'immense majorité des liégeois du coin qui n'en ont pas pas. A la fin de la journée, ceux qui bossent y rejoignent tous les autres. Les gosses réinventent la marelle, le vélo, le foot ou même la guerre, ce sont des gosses. Les mamas jettent sur eux un oeil mou tout en se racontant très fort Allah ou Dieu sait quoi. Malgré leur forte voix, je ne comprends pas toujours. Les hommes, ce n'est pas nouveau, saisissent l'occasion de se descendre une ou deux Jupiler (ceux qui bossent), voire quelques Cara (les autres), certains vont jusqu'à taper la balle avec les enfants. Le Portugal côtoie la Côte d'Ivoire, Bagdad la Serbie ou le Pérou, les ballons passent de pieds en pieds, les bébés de mains en mains, l'un ou l'autre joint de bouche en bouche, les différences s'amenuisent avec les heures, avec les jeux, avec les gosses et leur regard. Tiens, petite paranthèse, je me suis remis à courir, première fois cette année. Pour terminer une séance un peu douloureuse sur la piste du Sart-Tilman, j'avais repris ma vieille habitude de refaire quelques tours très lentement, sur le gazon, à pied nu, pour détendre un peu les muscles. En passant près d'un petit gamin black, je l'ai entendu demander à son père ce que je faisais à courir pieds nus comme ça, ça avait l'air de le choquer franchement. Tout en me marrant, j'ai trouvé étrange qu'un petit black s'étonne d'une pratique que j'ai empruntée aux athlètes noirs que j'admirais à son âge. Les cultures vont et viennent, s'échangent, se prêtent, s'empruntent, les cultures, tant qu'elles vivent, n'ont d'autres choix que bouger.

A ce titre, le quartier de Saint-Léonard est à mes yeux la capitale du brassage actif. Rien à voir avec les cités françaises qui remplissent les grilles-horaires de TF1, modèle de métissage passif, involontaire et non-consenti des cultures (enfin, ne généralisons pas). Je ne suis pas en train de vous faire un tableau idéalisé sur lequel noirs, blancs, jaunes et beurs s'entrelacent dans la bonne humeur, ça gueule aussi à Saint-Léonard (beaucoup même), mais il y a dans ce quartier une incontestable acception de la différence. J'ai tendance à penser que la proximité, la promiscuité typique de ce quartier a fait comprendre à un grand nombre qu'aucune race n'avait le monopole de la connerie. Comme beaucoup de mes voisins, je comprends tout à fait ce que "sale connard" veut dire alors que "sale arabe", on a pas encore réussi à me l'expliquer (le premier qui s'y essaie dans un commentaire rejoindra directement la première catégorie).

Vous allez donc me demander où je veux en venir avec cet éloge de la promiscuité. Voilà, je n'ai pas à me plaindre de mon sens de l'observation et je dois bien admettre que je n'ai pas souvent eu la chance de rencontrer, au cours de mes voyages, des endroits où la mixité des genres s'opérait avec autant de naturel que dans le quartier dont je vous ai parlé. Je ne doute pas qu'il en existe d'autres en Belgique mais là n'est pas la question. Depuis deux semaines, Nathalie et Stacy ont disparu de ce quartier, à quelques dizaines de mètres de l'esplanade que je vous ai décrite. Et, très sincèrement, je trouverais injuste pour ce quartier que cette tragédie devienne la seule étiquette pendue au cou du block le plus viscéralement humain qu'il m'ait été donné de connaître.

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01/06/2006

"Le pendu" - Sausen Mustafova (Irak)

La réflexion qui suit n'est pas la plus brillante qui soit mais vous me pardonnerez de vous la livrer quand même.

Si les partis flamands (au Nord, doit-on encore différencier les partis démocratiques des autres ?) étaient à moitié aussi fûtés qu'ils le prétendent, pourquoi mettent-ils un tel acharnement à vouloir démembrer la Belgique par toutes les voies (démocratiques ou non) alors qu'il suffirait de laisser faire le PS wallon ?

Comme à chacune de leurs tentatives séparatistes, les partis flamands ne récoltent qu'un regain de la solidarité entre les partis du Sud, ce qui n'est pas peu de chose en ces temps troubles. La dernière tentative nous vient du V.B. (si si) et elle a la particularité d'être 100% légale et conforme à toutes les procédures de l'état. Un dossier a été remis au parlement, un dossier qui reprend - en texte et en image - les 100 années d'esclavage (1830-1930) infligées par la Wallonie au Nord du pays, la destruction massive de la culture flamande, ... Un texte qui demande la séparation pure et simple de la Belgique en dédomagement aux exactions et humiliations subies par les Flamands. Tous les partis wallons se sont mobilisés et unis pour balayer cette xième assaut du Vlaams Belang. Tous les autres partis du Nord se sont tus !

J'en ai plein le dard de ce pays ! Que doivent se dire les Irakiens ...

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