25/09/2006

Jeudi dernier

Ce matin, alors que je m'éveille mollement devant ma boîte à emails qui regorge une fois de plus de laïus viraux pro-viagra, mon téléphone sonne. A l'autre bout du fil - enfin, on se comprend - mon boss ! Pour bien vous faire comprendre la suite, je devrais probablement vous détailler la conversation parfaitement pragmatique et univoque qui se construit pendant près de dix minutes, mais je n'ai pas le droit. Peu importe, résumons : le boss parle, informe, projette, suggère et ordonne. Ensuite, d'un toujours très pragmatique "ok?", Boss s'assure non pas que tu l'as bien compris mais que tu vas t'y mettre dans la seconde, que ta main droite bosse déjà frénétiquement pendant que la gauche s'apprête à raccrocher le téléphone. C'est le matin, je suis assez éveillé pour feindre la pro-activité, enfin je crois. En gros, les tâches sont lourdes, je prévois qu'elles seront longues, mais pas fondamentalement chiantes, on a vu pire.

Six minutes plus tard... le téléphone sonne ! Boss. "Alors, tu en es où ?" - Je n'ai pas pour habitude de m'énerver avant 10h30 - 11h, je n'y arrive pas bien. "J'avance, Boss, j'avance". Il me répond que c'est bien, qu'il me fait confiance de toutes façons, et que, si je veux bien, je peux jeter un oeil aux tâches subalternes qu'il a vicieusement confiées à nos deux stagiaires, vraisemblablement durant l'intervalle de six minutes. Histoire de ne pas rentrer dans les détails soporifiques des tâches en question, je me bornerai à vous apprendre que nous n'avons plus qu'un seul stagiaire, le second ayant craqué moins d'une heure plus tard... Bref, je lui susurre gentiment que je veux bien moi, Boss, mais qu'entre le four et le moulin il y a du chemin, que ça va pas m'aider à boucler ses projets dans les délais. Soit.

Un rien plus tard, et je dis bien "un rien", un nouveau mail arrive. Ce qu'il y a de bien, avec Boss, c'est qu'il n'exagère jamais. Quand il vient de t'appeler coup sur coup pour te filer une quantité de boulot à déprimer un flamand sous speed, il ne va pas te rappeler pour repasser une couche... il va plutôt t'envoyer un mail ! Histoire de brouiller des pistes déjà franchement confuses, il intitule son mail "Priority". Alors, c'est à vous (enfin à moi) de savoir si cette nouvelle priorité est plus prioritaire que la priorité précédente qui elle-même vient tout juste de supplanter une autre priorité d'avant-hier. Et je ne parle ici que des priorités qu'il a nommé comme telles, je vous passe donc gracieusement ses "suggestions" qui font alors figure de gentilles plaisanteries. Mais je tiens à rester honnête et à reconnaître chez Boss une qualité que tous n'ont pas: l'humour. A la fin du mail, un post scriptum me soulage directement: "P.S. Je compte sur toi pour déléguer ces tâches en fonction du planning de chacun au bureau. A+". Bon, mes collègues sont les suivant: W. est à Londres en ce moment, il est injoignable. A. est toujours en vacances et P. n'est pas là cette semaine non plus. Au bureau, il avait 2 stagiaires (reste un) et moi. Une fois ce rapide calcul effectué, je comprends la finesse de la blague... et toute ma détresse.

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06/09/2006

En parcourant le Soir

En lisant Le Soir ce matin, je me suis dit que plusieurs articles mériteraient un commentaire sur cette page. Encore fallait-il que je me motive à décortiquer l'un d'entre eux, un travail assez astreignant pour quelqu'un en manque évident de sommeil... J'ai donc décidé de vous concocter une grosse boulette (liégeoise) avec tout ça, bon appétit.

J'ai tout de suite envie de vous dispenser des trois premières pages consacrées au cas "Philippe". Que la Flandre n'en veuille pas ne peut plus vraiment nous étonner à ce stade avancé de merdier communautaire. Que les wallons s'en tamponnent joyeusement me semble aussi tout à fait dans l'ordre normal des choses. Heureusement, pour mettre un terme à ce genre de débats gratuits, on peut encore faire confiance à quelques éditorialistes dont le recul fait souvent beaucoup de bien: "Le problème essentiel de ce pays n'est pas de savoir s'il lui faut ou non un roi mais s'il peut ou non rester uni" (Béatrice Delvaux, Le Soir).

J'enchaîne sur une confidence: je suis en train de tomber amoureux d'Alain Destexhe ! Bon, d'accord, sa stratégie électorale est aussi fine qu'un Panty de Maïté mais n'empêche, il a l'art de secouer l'olivier. Ce qui est génial avec lui, c'est qu'il grille complètement toute logique de parti, c-à-d le fondement même de notre organisation politique. Alors que les apparatchiks de tous bords s'évertuent à se positionner par rapport à leurs concurrents d'autres partis, Destexhe rue dans les brancards, tous les brancards, à gauche comme à droite. Avec ses révélations chroniques sur les dysfonctionnements gouvernementaux, il compte autant d'ennemis dans son propre parti que dans tous les autres réunis. Nous saurons bientôt si la technique est payante (à mon avis, elle l'est), en attendant profitons goulûment de ses sorties tonitruantes ! A chacun ses petits plaisirs...

Mais dans la catégorie "moi j'dis c'que j'pense et tant pis si ça énerve", Destexhe reste bien en-dessous du maître incontesté de la discipline, pratiquement son inventeur: Sarko ! Après les inoubliables "racailles, karsher, ...", Sarko continue sa marche rectiligne vers les présidentielles françaises. Alors que dans ses propres rangs, tous le monde semble s'écarter pour faire de la place au "petit gueulard", de l'autre côté, à gauche, la mutinerie a officiellement commencé ! Jack Lang prouve, statistiques à l'appui, qu'il est plus populaire chez les 18-25 que Ségolène; Hollande-le-tempéré joue l'honnêteté en avouant à la presse qu'il trouvait le dernier discours de Ségolène (sa femme donc) trop léger et peu clair, Strauss-Kahn fait le compte de ses amis pour soupeser ses chances... Et le meilleur pour la fin: Jospin nous revient plus voyant que jamais, sur toutes les ondes, sur tous les fronts, avec la ferme intention de susciter sinon un peu d'amour, au moins un brin de sympathie chez ses Français de concitoyens. C'est loin, très loin d'être gagné pour lui... Avec encore un peu d'entêtement dans ce sens, on peut s'attendre à une finale Sarko - Le Pen, un match idéologiquement nul.

J'en arrive à la déception de cette édition du Soir: page 23, la chronique de Thomas Gunzig. Je ne peux critiquer l'auteur, je n'ai rien lu de lui, mais cette chronique, franchement, est d'une fadeur assommante. Le thème du jour ? La "people-isation" des politiques, c-à-d la tendance des politiciens d'aujourd'hui à s'afficher en compagnie de stars. La semaine dernière, le télémoustique parlait de doc Gyneco récupéré par Sarko. Il y a deux jours, le JT de France 2 donnait à jean Reno le temps de dire son amour pour le même sarko. Tous les magazines people font désormais l'amalgame entre starlettes et politiques, tant ces derniers se mélangent sur les clichés des paparazzi. Plusieurs journaux ont déjà mentionné les bisous de Ségo à Jamel... Gunzig nous le redit, sans même ajouter une petite idée neuve, nada. Il conclut mollement : "chez nous c'est plus simple. Dans notre pays de la bonne franquette, le "people" existe peu et les politiques manquent cruellement d'attrait. C'est le bon côté des petits pays". Vous avez le droit de ne pas partager mon avis, mais je trouve ça d'un banal à pleurer... Si l'un d'entre vous voit le moindre intérêt à ce genre de commentaire qu'il me l'enseigne sans hésiter, parce que j'en arriverais presque à préférer une page de pub à la place.

Je rêve toujours d'une presse moins obsédée par l'objectivité (qui n'existe d'ailleurs que très rarement, par moments fugaces), une presse qui aurait le courage de donner, de temps en temps, un avis mouillé, une petite touche personnelle. Sinon dans ses articles de fond, au moins dans ses "billets". Une presse sans couille ne peut qu'attiser les extrémismes de tous poils.


photo: Affiche découpée de Raymond Hains. Ou comment faire du neuf avec l'ancien.

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01/09/2006

 

Voici que débarque le Larousse nouveau. Il est toujours amusant de jeter un oeil aux mots élus "patrimoine de la langue française", ces anglaiseries francisées ou non. Généralement, la simple évocation de ces nouveaux mots permet de se faire une idée assez juste des préoccupations de l'époque.

Ainsi, nous sommes priés d'ajouter à nos tablettes les substantifs suivants: Bimbo (merci Paris), Biodiesel (merci les Verts), home-jacking, tuning (pas de merci svp), anti-âge (quand je vous parlais du poids de la pub), Slam (merci Grand Corps Malade, je doute que les petites mains du Larousse pensaient à Saul Williams et aux autres anglophones)... On ajoutera quelques expressions à la mode: arme de destruction massive (!), désobéissance civile et même Kit main libre !

Au rayon "noms propres", deux auteurs Belges s'en vont rejoindre Magritte et Tintin: Jean-Philippe Toussaint, très sympathique quand je l'ai croisé par hasard début juillet. Et François Weyergans, qui fut le premier à déposer un commentaire sur ce blog ! Tout lien de cause à effet est bien sûr à exclure !

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