22/12/2006

Opéra-bouffe

3_liege_operaHier soir, j'ai assisté à l'avant-pemière d'Orphée aux Enfers à l'Opéra de Liège. J'ai mis un peu de temps à comprendre que l'appellation "avant-première" signifiait en réalité "répétition générale", ce qui ne devait pas changer grand chose puisque l'Opéra était plein à craquer. Sans jouer à la proute parisienne, je dois quand même dire que l'aspect "dernière répétition" était perceptible. La gestion de l'espace scénique par les danseurs, par exemple, devra être retravaillée aujourd'hui afin d'éviter un french can-can volant ce soir !

Offenbach fut l'un des premiers à dynamiser l'Opéra-bouffe en n'hésitant jamais à défaire quelque peu la mythologie. Il avait l'habitude d'ajouter aux récits classiques des allusions contemporaines qui parlaient au public et déclenchaient souvent rires et applaudissements. C'est aussi ce qu'ont essayé de faire Frédéric Roels et Claire Servais avec un succès mitigé. Adjoindre au personnage de l'Opinion publique une équipe de caméras renforcait évidemment le caractère actuel du propos. Mais fallait-il truffer le spectacle l'interjections wallonnes et de petites feintes parfois inaudibles pour autant ? Pourquoi pas ....

La touche humoristique wallonne aurait sans doute mieux fonctionné si les artistes s'étaient adressés à un public populaire plus habitués au théâtre wallon. Ici, chez les costards, j'ai eu le sentiment que la plupart des gags tombaient à plat dans un silence de mort. Personnellement, j'ai trouvé ça un peu triste dans la mesure où le but d'une telle adaptation d'Offenbach était clairement d'égayer la foule, de la faire battre des mains et se taper très fort les cuisses. Ce qui fut très peu le cas, malgré un final en apothéose au milieu des enfers.

Je suis sorti de l'Opéra avec un sentiment que j'éprouve souvent après ce type de spectacle. On sent bien les efforts des professionnels pour populariser l'Opéra, le rendre accessible et agréable pour un grand nombre. En cette période de Noël, le choix d'Offenbach devait permettre de s'adresser à un public sans doute moins éduqué à cet art. Un bien beau pari, je l'avoue. Mais, comme pour un récent "Mariage de Figaro" à la Monnaie, je suis très sceptique quant au pouvoir de séduction d'un tel spectacle sur un public peu rompu à l'exercice. En revanche, les vrais amateurs, les connaisseurs passionnés (je ne suis ni l'un ni l'autre) risquent d'avaler de travers les énormes ficelles "comiques" plâtrées sur l'original.

Au bout du compte, l'Opéra était blindé, plus une seule place disponible. On conclura donc en parlant de succès public, indubitablement. Je garde néanmoins l'impression que l'Opéra reste un art fort délicat à populariser. Je me dis qu'une petite éducation à cette discipline (via les médias, l'enseignement, ...) permettrait de donner au public quelques clés de compréhension sommaires et éviterait l'ajout parfois artificiel de gags lourdeaux à vocation popularisante.


Un très joyeux Noël à vous tous !

Artatum

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14/12/2006

Le 11 septembre Belge est tombé un 13 décembre !

mannekenSi vous aviez vu ma tête hier soir, vous auriez de suite compris que je ne faisais pas partie des 5% de Belges (mythomanes;) qui ont flairé la supercherie de la RTBF depuis le tout début ! Au contraire, j'ai bien marché. Je regardais Defossé introduire son sujet (excusez la tournure de phrase) quand l'image s'est brouillée. Dans une grisaille impossible, j'ai reconnu François De Brigode en pleine séance de maquillage, son micro était déjà branché, on entendait quelqu'un lui annoncer qu'il est à l'antenne, les projos s'allument d'un coup : "Mesdames, messieurs bonsoir, on vient de recevoir la nouvelle officielle : la Flandre vient à l'instant de déclarer son indépendance unilatéralement !"

Je ne sais pas pour ceux qui ont rejoint la Une après moi, mais je vous assure que les 5 premières minutes du direct avaient une intensité sinon plus forte, au moins comparable à l'édition spéciale du 11 septembre. Je ne voulais pas y croire mais plus le temps passait et plus la nouvelle amplifiait, plus l'hypothèse du gag télévisé perdait en crédibilité: ils n'oseraient pas ! Et puis tous les téléphones se sont mis à sonner en même temps autour de moi, comme si toute la Belgique voulait s'assurer qu'elle ne rêvait pas. J'ai quand même relevé un élément qui prouvait avec certitude que tout cela n'était que pure fiction : RTL continuait à diffuser je ne sais quelle série américaine, dans l'indifférence générale. Ca, ce n'était absolument pas logique ! Pourtant, je restais tendu, rivé à l'écran, je ne comprenais pas et, en même temps, comment contredire une RTBF entièrement mobilisée pour l'occasion ?

Ensuite, un ami m'a téléphoné. Son père avait entendu à la radio que l'équipe de "Tout ça ne nous rendra pas le Congo" préparait un gros coup le soir même sur la Une. (En fin d'émission, De Brigode a d'ailleurs froidement rappelé que TOUTES les équipes de la RTBF avaient contribué à la réalisation de ce docu-fiction). J'ai soufflé en reconnaissant le logo en haut à gauche. Je le regardais depuis le début mais mon cerveau refusait de comprendre l'arnaque, comme si ça lui plaisait d'y croire, comme si, d'une certaine manière, je devais aller au bout de ce scénario tragique pour me tester, moi, face à cette réalité.

Une fois la fiction révélée, la soirée a perdu en intensité, forcément, mais l'essentiel était acquis. En 20 minutes d'incrédulité, des milliers de questions inédites m'ont perforé la tête. Ma première réaction fut la déception de voir crever la Belgique de cette manière, tout de suite suivie d'un violent dégoût par rapport aux premières réactions politiques : on nous montre Happart au téléphone alors qu'on attend Verhofstadt, Di Rupo, Leterme, le roi, quelqu'un dont l'avis compte quoi ! En tous cas, pas un ènième prétendant au titre de "freak of the year" sur youtube.

A force de voir la RTBF jouer avec le dos de la cuillère, on avait oublié qu'elle se démerdait pas mal au bulldozer non plus. 51% des sondés se disent choqués par la méthode employée. Je suis d'accord avec eux. J'ai été choqué mais c'est je crois la raison pour laquelle j'ai pu reconsidérer à ce point ma conception de la Belgique : On naît Belge, on vit avec notre nationalité comme un acquis et jamais plus on ne s'interroge sur ce que ça implique concrêtement. Si le but de la RTBF était de bousculer notre confortable paresse intellectuelle, je trouve qu'ils ont eu raison d'y aller aussi fort. L'idée ne pouvait fonctionner que comme ça. Hier, on a tous flippé, on s'est tous fait notre sale petit film mentalement, on s'est tous projeté dans un futur chaotique et incertain. Je crois qu'on en avait besoin. En espérant que cela en fera réfléchir d'autres, à commencer par nos princes qui, à eux seuls, compromettent franchement l'avenir du mot Belgique.

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