12/01/2007

Bonne année les petits...

lefauxsourire725ph
Bon, nous sommes le 11 janvier, on va pouvoir tout doucement recommencer à se parler normalement. Je veux dire sans se souhaiter du bonheur à tous les coins de rue, sans se taper les voeux superlatifs d'inconnus tout sourire, il était grand temps ! Aussi, je me suis demandé ce qui pouvait bien pousser les gens à se laisser ainsi aller à une telle bienveillance, presque suspecte, au terme de chaque année. Vous m'accorderez que l'être humain peut difficilement se vanter d'afficher une telle philantropie pendant les 11 autres mois et demi ! Non, vraiment, il y a dans tous ces voeux de Noël quelque chose d'anormal. Attention, je n'ai pas dit "surnaturel", que les ulbistes se rassurent. Métaphysique probablement, mais surnaturel, ça non.

Et si, au contraire, il fallait voir dans ces deux semaines bourrées de sentiments sirupeux un retour à notre état de nature ? Je m'explique. En regardant les 4 heures de l'année du zapping sur Canal ce dimanche, on ne pouvait décemment nier l'évidence : notre monde va mal, très mal, doublement mal. Il y a d'abord notre terre, dont l'extrême tolérance a fini par faire place à une rancoeur amer et légitime à notre égard. A l'évidence, l'époque très longue pendant laquelle elle encaissa sans broncher notre indifférence polluante est désormais derrière nous. L'heure est à l'addition et elle s'annonce salée.Et puis il y a les hommes qui, non contents d'avoir flingué la terre, continuent de s'en disputer les dernières resources. Ils sont comme ces ménagères qui, en 1990, rafflaient la farine et le sucre par kilos dans les GB, croyant que l'invasion de l'Irak annonçait une troisième guerre mondiale et le début d'une gigantesque pénurie. Nous en sommes presque là, mais en pire : plus de pétrole, plus beaucoup de gaz non plus (et pas tout près de chez nous qui plus est), pas des masses d'alternatives pour l'instant et pas davantage d'espoir de voir la situation s'améliorer prochainement. Du coup, comme notre plaisir d'automobiliste primaire se trouve menacé, nous nous ruons sur les 4X4 surtaxés, surassoiffés, super dangereux... et permettez moi d'ajouter super beauf, même si cela n'a rien à voir ici. Ca, c'est l'homme : "quoi, y a plus que trois bières dans le casier ? Donne m'en vite deux alors... " Vous voyez de quelle mentalité je veux parler ?

Soit, cela fait un moment que le monde tousse et que l'homme, secoué, s'accroche à ce qu'il peut. Personnellement, je n'ai pas trouvé le moindre motif de réjouissance dans ce récapitulatif lucide de 4 heures. Alors, continue-je à me demander, qu'est-ce qui peut bien nous pousser à être si plein de vie et d'espoir à l'arrivée des fêtes alors que le climat socio-économique incite plutôt à une bonne grosse dépression généralisée ? Qu'est-ce qui peut bien nous rendre si bégueules, presque cyniques, dans nos souhaits et nos voeux de fin d'année (Oui, je m'inclus dans la masse, je ne "veau" pas mieux qu'un autre) ?

Et bien je pense qu'il s'agit simplement d'un vieux trait de caractère humain. Un aspect fondamental de notre personnalité qu'on a de moins en moins le loisir d'épanouir sans se trouver en immédiate contradiction avec notre époque, notre monde. Je veux parler de notre irrépressible recours à l'irrationnel sitôt que la raison s'affole. C'est un peu comme si, épuisés par 11 mois de catastrophes humaines, écologiques et économiques, nous nous réfugions tous sans mot dire dans une bulle d'euphorie parfaitement injustifiée mais néanmoins vitale à notre équilibre naturel. Alors, pendant deux semaines, on décide d'oublier tout le malheur croissant. Mieux : on l'expie en deux temps.

Premier temps : Noël. D'ailleurs, d'années en années, on s'est aménagé un Noël parfaitement adapté à notre besoin de fuite irrationnelle. Au fur et à mesure que les choses se sont dégradées, nous nous sommes mis à consommer Noël. On se rue de plus en plus tôt dans des villes paralysées par la foule, on s'étouffe dans des Fnacs bondées, dans des GB compacts, on prétend détester ça et pourtant, on est de plus en plus à pratiquer le claquage de thune compulsif. Dépenser pour oublier. Consommer pour se réjouir. Bouffer trop, boire trop et rebouffer encore les lendemains pour ne plus penser, pour ne plus voir temporairement la misère du temps !

Deuxième temps : la nouvelle année. Bien lancés dans raid consumériste, échauffés par Noël, on remet le couvert une semaine plus tard. Avec en prime la litanie des bons voeux... Un peu, ça va, c'est la tradition. Mais pratiqué à l'excès, l'exercice de la bienveillance relève plus de la politique de l'Autruche que de l'altruisme chrétien. Notre biocalendrier s'est réveillé, on sait que cette période bénie d'insouciance touche à sa fin et nous, tétanisés à l'idée de se replonger pour un an dans le marécage mondial, on flippe comme des mômes à la veille d'une rentrée scolaire. Alors on en rajoute quelques ultimes couches, des "bonnes années", des "meilleurs voeux" et des sourires qui jaunissent avec les jours qui passent... Toutes les bonnes choses ont une fin !

Et si l'état de nature de l'humain était l'enfance, aveuglée, créative et irrationnelle ?



origine de la photo : http://lesgensdanslarue.hautetfort.com/archive/2006/03/index.html

15:07 Écrit par le temps passe, le reste reste. dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

On n'a pas pu supporter les 4 heures de BeTV...
La réalité telle que présentée par Canal fait-elle si mal qu'on décide de la zapper?
Ou alors, marre d'une manière (trop?) pessimiste de voir le monde?
Ou les deux? Pas simple en tout cas.
Sur ce, bon ... week-end !!!

Écrit par : L. | 12/01/2007

Hé bien heureusement Que je n'ai pas la télé à la maison !
Tu t'rends compte diis ;-))))

Écrit par : Nola | 15/01/2007

Belle question de conlu Et je ne suis que trop d'accord avec toi

Écrit par : Boudlard | 15/01/2007

(comme quoi l'ulb n'a pas que des mauvais côtés) hèhè, ta conclusion sent le Cobra! youhou, youhou! jtembrasse!

Écrit par : marGot | 15/01/2007

A n'en pas douter tu as mis le doigt juste, c'est ainsi que nous sommes. C'est juste que nous oublions, que nous nous aveuglons, et que nos poudres de perlinpinpin ne sont pas les bonnes.

Écrit par : melle Bille | 16/01/2007

- Hello L., je ne conseille pas les 4 heures à la suite, c'est sûr, c'est dur... et pas vraiment utile. Merci.
Bonjour Nola, c'est Emma qui a de la chance... Préserve-la !
Oye Boud', ça me va droit au coeur ;)
Je vous ai reconnue, Margot... Et vous avez entièrement raison (ce qui ne m'étonne pas le moins du monde). L'avantage, c'est que maintenant, j'arrive à proférer ce genre de phrase sans même penser Pierre, oreiller, grand nord et couleur pure. Peut-être ai-je finalement intégré ces notions d'une manière qui n'est pas seulement intellectuelle. Victoire !
Salut Bille ! L'homme a une faculté à se tromper tout simplement prodigieuse.

Écrit par : Artatum | 17/01/2007

bah j'ai pas BeTv donc j'ai pas vu et toute façon je regarde pas ce genre de truc ,suis pas trop télé
puis y a qu'à voir les JT quotidiens ;)
pour le reste me sens pas trop concernée GB ,FNAC etc..je fréquente pas ,noel ,nouvel an ,pour moi c'est des jours comme les autres ,pas de folles dépenses,pas de grosse bouffe ni de délire alcolo
mais tu as sans doute raison quand on observe la foule c'est tout à fait ça..et ça les rend pas plus heureux...ils deviennent tous fous et sont de plus en plus tristes et malheureux ,y a qu'à voire la tronche des gens ,les commissures de la bouche descendent vers le bas....
bonne soirée :)
bizzz

Écrit par : bioz | 17/01/2007

salut D'accord avec ta conclusion en ajoutant le relativisme (condition de survie) a+Lpv

Écrit par : Lpv | 18/01/2007

Tu as dit... ... qu'il ne restait que trois bières dans le frigo?
Mais je n'en vois qu'une!
Si personne ne la prend, elle va pourrir et ne servir à rien.
Hop! pour Phano!
Aaaah.
A la santé des amoureux... et je te souhaite une merveilleuse année 2007! (héhéhé)
A+
Phano

Écrit par : Phano | 19/01/2007

- Bonjour Bio, tu vas bien? C'est vrai que l'observation des tronches dans la rue est un bon indicateur de l'état de santé de notre société.
Salut Pélerin, le relativisme est toujours de série par ici, n'aie aucune crainte ;). Bonne route à toi !
Santé Phano ! Pourquoi les amoureux ? comprends pas ...
Allez, une dernière fois : Bonne année à toi !

Écrit par : Artatum | 19/01/2007

"à la santé des amoureux" - signification1: juste que c'est une chanson typique pour moi si je suis un peu bourré (1 bière c'est faible, ok).

- signification 2: au moins les amoureux sont heureux aussi le restant de l'année.

voili voilo, par exemple.
phano

Écrit par : Phano | 19/01/2007

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