26/02/2007

Rebelles de Velour

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Ceux qui suivent plus ou moins ce blog savent déjà que je suis né trop tard à mon goût, je ne le dis que trop. La raison la plus souvent évoquée par ici est d'ordre musical : je n'entendrai jamais Charlie Parker et Gillespie s'envoyer des gammes extasiées à la tronche en live, jamais. Qui sait si je pourrai un jour m'y résoudre, d'autant ce n'est qu'une des nombreuses raisons qui motivent ma conviction.

La seconde raison de mon anachronisme pathétique est cependant plus profonde encore. Depuis tout jeune, je suis convaincu d'être né trop tard parce que je ne sens pas en moi le feu sacré de la révolte et parce que je suis convaincu que ce manque est générationnel ! Nous, les enfants des seventies - eighties, avons pointé notre né sur terre à l'heure où les derniers idéaux faisaient faillite ! En trois quart de siècle de révolutions, de guerres mondiales, de drames nucléaires, de crises économiques et énergétiques, en 70 ans d'avancées technologiques fulgurantes, les hommes ont fini par dire stop ! A l'Ouest du monde, les tout jeunes adultes de la fin des sixties ont crié "merde" à leurs aînés, à leurs pratiques, à leur philosophie moulée dans quelques dogmes inchangés. Ils ont cassé les barrières de la morale, celles du sexe et de la spiritualité, ils ont revu leur monde avec la fougue et l'immaturité de leur jeunesse bridée.

Les résultats de ce grand foutoir libertaire seront fantastiques à court terme, mitigés à moyen terme et franchement craignos à plus longue échéance. C'est le principe de la musique pop : c'est bien senti mais pas très malin, donc ça dure jamais bien longtemps (je vous recommande à ce propos l'excellente exception dans la rubrique "tête de gondole", dans la colonne de gauche). Bref, comme le résume Ardisson - qui aurait fait une pop star de dieu le père - : "Putain, on s'est bien marré !" Enfin, ILS se sont bien marrés... Personnellement, moi, j'arrive après, au moment où ça devient moins drôle. Mais n'anticipons pas.

En peu de temps, les idéaux contagieux de mai 68 ont forcément trouvé un écho chez les politiciens de l'époque. Fort heureusement, la tendance était au décoincement, à l'ouverture d'esprit, à l'émancipation dans son sens le plus large possible. D'année en année, les idées nouvelles ont détrôné les dogmes anciens. On a promulgué des lois, on a revu les constitutions, on a légiféré jusqu'à plus soif, pour que le peuple suive, pour que mai 68 serve à quelque chose, pour que ça ne recommence pas, pour toutes sortes de raisons louables ou non. Le laxisme, qui n'avait pas été l'apanage de nos sociétés chrétiennes jusque là, fit alors progressivement son apparition aux différents niveaux de pouvoir.

Ce que l'on a pas perçu tout de suite, c'est que si ces nouvelles idées pointaient bien les justes tares d'une société clairement rétrograde, elles proposaient en revanche peu d'alternative viable ! S'appuyer majoritairement sur ces seules idées pour refondre une nouvelle société n'était donc peut-être pas d'une intelligence aussi parfaite que voulaient bien le croire nos parents, ces hippies ! Ajouter à la légèreté ambiante un deuxième débarquement américain (non plus militaire mais commercial et publicitaire) et vous aurez je crois un début d'explication à la perte totale du sens dont nous souffrons tous aujourd'hui !

Alors quel rapport avec "le feu sacré de la révolte" me demanderez-vous ? Et bien on ne peut pas dire qu'aujourd'hui nos sociétés connaissent la prospérité à laquelle s'attendaient nos géniteurs extatiques, loin de là. Nous n'avons donc pas gagné sur ce terrain. Mais il y a pire : en autorisant presque tout et son contraire, les héritiers de la doctrine 68 ont fini par nous proposer, à nous leurs enfants, une société du "tout se vaut" particulièrement propice à la paresse et à la dépression nerveuse ! Il suffit de voir contre quoi se battent les gens aujourd'hui... En 2006, notre plus grosse révolte aura été contre la cigarette !!!! Que les fumeurs et les non-fumeurs concernés me pardonnent mais je trouve ça un peu léger en regard des volontés passées.


Mais je reste optimiste. Continuer à interdire la clope, continuer à réintroduire insidieusement la bonne pensée dans l'esprit des gens (le bio, la conscience citoyenne, la santé, etc), entretenir le culte du "c'est pour votre bien" tout en se foutant de nos gueules hors caméra finira inévitablement par réveiller un MERDE! collectif et majuscule ! Avec ma chance, ce jour-là, je serai trop vieux pour descendre dans la rue ...

18:21 Écrit par le temps passe, le reste reste. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

:)) je fini la lecture de ce post avec un grand sourire ;) merci Art ,bizz

Écrit par : bioz | 27/02/2007

Courage vieux...

Un géniteur inspiré (maladivement peut-être) par
"Always look at the bright side of life" (Monthy Pythons – La vie de Brian - 1979).
Et c'est encore mieux si tu ajoutes la musique et que tu zieutes la date!!!

Écrit par : L. | 27/02/2007

pourquoi pas?? MERDE!!!
MERDE!!!
MERDE!!!

Écrit par : miss sp. | 27/02/2007

Et comment ! Très jolie et vraie réflexion, Art... nous n'avons plus d'idéaux, ne militons pas, et sommes pour la plupart dans un esprit de laisser-faire, ça ira mieux demain. En fait, demain, ce sera pire que tous les scénars catastrophes, et je ne parle pas du climat. A mon humble avis, ce seront nos enfants qui prendront les armes merdières, à condition qu'on les ouvre au monde plutôt que de les fermer et apathir devant la télé.. Ca te dirait de procréer ;-) ?

Écrit par : Boudlard | 28/02/2007

Nous avons inventé la génération assistée !!!
Même pour faire l'amour il faut un manuel ! Je crois que la libération d'après 68 voulait liberer nos instincs, pour que l'homme/animal puisse se prendre en charge, tout seul, et pour une communauté. Avec un peu de recul, on se rend compte qu'il faut sans cesse nous prendre la main, pour nous emmener là où c'est le plus facile ! On ne nous demande plus de penser, juste, de panser.

Écrit par : Nola | 01/03/2007

PS : J'aurais adoré voir, le grand Jimmy, Steevie Ray Vaughan, Janis Joplin, Randy Rhoads, les Beatles, Frank Zappa et j'en passe !

Écrit par : Nola | 01/03/2007

- C'est ce que j'aime chez toi, Biox: quel que soit la tragédie du jour, tu as le sourire (enfin, c'est ce que j'aime imaginer) !
Bonjour L. ! Ah ça, pour faire des films et des chansons, ils étaient forts les mecs !! ;)))
miss sp. Ne profitez pas de l'occasion pour étayer votre vocabulaire français s'il vous plaît ! ;)
Ma chère Boud, Dieu est grand, vous êtes vivante ! En lisant "armes merdières", je n'ai pu m'empêcher de dessiner quelques modèles particulièrements dépravants, je t'enverrai les plans à l'occasion! Quant à procréer, il me reste un renseignement à prendre avant de te répondre ...
Dis, Nola, j'ai une petite question pour toi : comment fait-on des bébés qui écoutent du blues ?
(Tu aurais aussi d'excellentes raisons de remonter le temps je vois)

Écrit par : A. | 01/03/2007

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